FLORENCE ETIENNE
Author photographer

Chambres de cendre
Il faut s’approcher, plisser les yeux.
L’installation "Les chambres de cendre" exige de celui qui regarde une attention presque indiscrète, un désir de fouiller, d’ouvrir, de découvrir ce qui se cache.
Sur le mur, les boîtes d’allumettes s’alignent, modestes, anodines. On pourrait les croire insignifiantes, des objets du quotidien que l’on oublie au fond d’un tiroir. Mais à qui prend le temps, elles offrent autre chose : des fragments d’histoires, des images suspendues entre le réel et l’imaginaire, entre l’oubli et la résurgence.
Chaque boîte recèle un secret.
À l’extérieur, une photographie. un instant capturé, un décor, un visage peut-être. Et puis, à l’intérieur, une seconde image, cachée, qu’il faut révéler. Comme un souvenir que l’on croyait perdu et qui ressurgit, brutal, lumineux.
Il y a quelque chose d’enfantin dans ce geste – ouvrir, fermer, jouer avec la limite du visible.
Quelque chose d’inquiétant aussi. L’allumette est là, rouge, rigide, collée sur le bord comme une cicatrice. Elle marque la limite entre le dehors et le dedans, entre ce que l’on donne à voir et ce que l’on dissimule.
Elle est menace et possibilité, vestige et promesse.
Suffirait-il d’un geste pour que tout disparaisse ?
Suffirait-il d’un geste pour éclairer ce qui demeure dans l’ombre ?
Les photographies racontent la transformation, le basculement progressif d’un monde que l’on croyait immuable. Elles parlent d’absence et de silence, du cri des glaciers qui s’effondrent, du vent qui se lève trop fort, trop vite. Elles parlent de nous, de ce que nous laissons derrière, de ce que nous refusons encore de voir.
Il faut ouvrir ces chambres, regarder ce qu’elles contiennent. Il faut accepter la possibilité de l’effacement, l’idée que tout peut basculer.
Installation d'une série de 12 boîtes
Texte de Florence ETIENNE